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Qui se souvient de L.-F.-George Baby (1832-1906) ?
Écrit par Léo Beaudoin   

15

Jan

2008

 

juge_baby_part1_petite(Première partie)

Il nous apparaîtrait aujourd'hui inimaginable de proposer la démolition du Château Ramezay, ce trésor patrimonial du Vieux-Montréal, pour en exploiter le terrain à des fins commerciales.

C'est pourtant ce qui devait arriver il y a un peu plus d'un siècle, en 1891, sans l'intervention d'un énergique défenseur du patrimoine, le président de la Société de numismatique et d'archéologie de Montréal, vice-président de la Société historique de Montréal et juge de la Cour du Banc de la Reine, l'Honorable Louis-François-George Baby. Trentetrois ans auparavant et tout jeune avocat, ce personnage avait été l'un des quatre fondateurs de la Société historique de Montréal et il en sera le troisième président, de 1904 jusqu'à sa mort. En cette année du cent cinquantième anniversaire de la fondation de cette Société, il convient de rappeler aux amateurs du patrimoine la mémoire de ce bourgeois montréalais du 19e siècle.

 

Contrairement à ce que son patronyme pourrait laisser entendre, il était d'origine typiquement française. Son ancêtre canadien, Jacques Bâbie de Ranville, était un sergent-major du régiment de Carignan qui décida de demeurer au pays à la paix de 1667 et obtint une terre dans la seigneurie de Champlain. Davantage commerçant que défricheur, il s'enrichit dans le commerce des fourrures, de même que ses fils et ses petits-fils. Un de ces derniers, François, le grand-père de notre personnage, se trouvait à la tête d'une jolie fortune à la Conquête de 1760. En homme d'affaire avisé, il assura sa stabilité financière en transférant ses activités commerciales de France à Londres. Est-ce à ce moment que le nom devint Baby ? Toujours est-il qu'il gagna la confiance du général Murray, puis celle du gouverneur Haldimand, qui le nomma à de hautes charges. Ce François décédait en 1820, à l'âge de 87 ans.

 

Son fils cadet, Louis-Joseph Baby, père de Louis-François-George et notaire à l'Île Jésus, devait administrer la fortune familiale. Il la dilapida plutôt, sombra dans l'alcoolisme et réduisit sa famille à la misère. Louis-François-George, étudiant au cours classique chez les Sulpiciens, à Montréal, dut abandonner ce collège, mais il fut rescapé par une tante qui l'inscrivit chez les Clercs de Saint-Viateur, à L'Industrie, la future ville de Joliette. Il y termina ses études, choisit la profession d'avocat et fut admis au Barreau en 1857, à l'âge de 25 ans. Il pratiqua le droit à Montréal durant trois ans avant de déménager à L'Industrie, pour des raisons de santé. Il souffrira de rhumatisme jusqu'à la fin de sa vie. Quatre termes peuvent caractériser sa carrière : il fut l'un des riches bourgeois montréalais de son temps, un catholique ultramontain, un politicien conservateur et un collectionneur passionné.

Le sens des affaires de son grand-père, François, s'est retrouvé dans le petit-fils. Pauvre à ses débuts, il devint rapidement un avocat prospère et fit de judicieux placements dans l'immobilier et les propriétés foncières, tant à Joliette qu'à Montréal. Il a aussi heureusement investi dans les industries de la chaussure et du tabac; il a possédé un moulin à scie et un moulin à farine, détenu des actions d'institutions bancaires et s'est même aventuré dans les prêts personnels et hypothécaires. Il ne fut pas l'un des grands barons de la finance de son époque, mais sa fortune lui permit d'aider financièrement plusieurs membres de sa famille et de faire don à la ville de Joliette de vastes terrains qu'il aurait pu vendre à des promoteurs immobiliers. Nommé juge à la cour d'Appel en 1881, il revint habiter Montréal et acquit une luxueuse demeure, rue Mansfield, dans le Golden Square Mile. Il y mena un train de vie princier, sa maison étant reconnue pour ses réceptions somptueuses et sa table, pour les dîners fins qu'il y offrait.

Toute sa vie, il fut reconnu comme un catholique fervent dans la mouvance ultramontaine de l'évêque Ignace Bourget. Ce dernier prêchait la soumission totale au Pape et la suprématie de l'Église sur tout, y compris l'État. Étudiant, le jeune Baby s'était fixé une devise édifiante à laquelle il demeura fidèle : Mon Dieu, ma patrie, mon devoir! À la fondation de la Société historique, il était le secrétaire du « Cabinet de lecture paroissial », une institution des Sulpiciens pour faire échec à l'Institut canadien, accusé de propager les « mauvais livres ». Quand il se lancera dans la politique active, il adhérera aux prétentions de Mgr Bourget et signera l'engagement suivant, à l'exemple de quelques autres rares candidats : « Je soussigné, George Baby, candidat à la prochaine élection pour le comté de Joliette, déclare par la présente que je partage tous les principes religieux énoncés dans le programme catholique; que j'entends me soumettre entièrement et sans partage à l'évêque du diocèse de Montréal sur toutes les questions religieuses ou mixtes ».

Il fut un membre actif de plusieurs organisations charitables d'inspiration ecclésiale comme la Société Saint- Vincent-de-Paul, la Société de bienfaisance, l'Union Saint-Joseph, etc. Sa réputation de fervent catholique lui valut d'être délégué à Rome, en 1888, par le gouvernement Mercier. Ce dernier avait offert une compensation de 400 000 $ pour régler la délicate question des biens des Jésuites et avait décidé de s'en remettre au Pape pour en faire le partage. Le juge Baby fut chargé d'aller traiter l'affaire avec le Vatican. À cette occasion, l'évêque de Saint-Hyacinthe, Louis- Zéphirin Moreau, lui confiait une lettre d'introduction qui débutait ainsi : « L'Honorable L.F.G. Baby, Juge de la Cour d'Appel et du Conseil Privé du Canada, est, par sa position, son caractère, ses qualités et ses principes religieux, l'un des hommes les plus marquants et les plus éminents de notre pays ». Il fut décoré des titres de Grand-Croix de l'Ordre papal de Saint-Grégoire-de-Tours et de Grand-Croix de l'Ordre papal de Saint-Grégoire-le-Grand. (À suivre)

 

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